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La musique

Cinq compositeurs de renom : Alexandre Grogg, François Vallières, Marjan Mozetich, Caroline Lizotte et Kelly-Marie Murphy. À ces œuvres exclusivement canadiennes s’ajoute Cogs in Cogs de Gentle Giant, un coup de cœur illustrant l’étendue de leur transfiguration

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LES ŒUVRES

Trois variations sur La Folia

Alexandre Grogg
*avec la participation de Bernard Riche à la batterie
  1. Aria
  2. Promenade
  3. Ahmad
Véritable ver d’oreille intemporel, les premières traces de La Folia seraient apparues au 16e siècle, au Portugal. Depuis, plusieurs compositeurs notoires se sont intéressés à cette succession d’accords simple mais accrocheuse, donnant lieu à d’innombrables variations. Trois variations sur La Folia est issu d’une version composée pour trio jazz, piano et harpe par Alexandre Grogg. Le premier mouvement, intitulé Aria, est une simple proposition harmonique, exposant le thème dans son expression la plus pure. S’ensuit un épisode intitulé Promenade, rythmé à la bossa nova, qui explose dans un troisième mouvement intitulé Ahmad, en l’honneur du célèbre pianiste américain Ahmad Jamal. Soudain rejoints par Bernard Riche à la batterie, les deux musiciens voguent sur des harmonies jazz éclatées, dans un contexte d’improvisation contrôlée, fidèle au format de trio jazz où Ahmad Jamal performait habituellement.

Dans l’esprit de François Vallières, Double-Monologue représente deux personnes volubiles occupant une même pièce, mais ne tenant pas compte du discours de l’autre. Pastiche d’une société contemporaine administrée par les réseaux sociaux, les idées s’y croisent, se fragmentant sans fin. Musicalement, on y retrouve des motifs mélodiques et rythmiques redondants qui tournoient de manière statique, où une évolution est esquissée, mais jamais réalisée. L’auditeur se retrouve alors entre ces deux discours, s’éloignant comme la force opposée d’aimants, mais toujours tentés de s’imbriquer. Le violoncelle et la harpe naviguent ainsi dans une série de boucles qui les rapprochent et les éloignent l’un de l’autre. Écrite au début de la crise sanitaire liée à la pandémie planétaire de COVID-19, le sous-titre Divertissement sanitaire prend tout son sens dans le contexte énigmatique de cette œuvre, imposant une distance entre les deux musiciens, et arborant un clin d’œil sympathique auto-dérisoire de la part du compositeur.

Double-Monologue

Divertissement sanitaire
François Vallières

Sentiment transfiguré

Marjan Mozetich

L’intrigue se déroule au Japon. On voit au loin une jeune femme de 15 ans pleine de rêves et d’espoir. Arrive un jeune officier de la marine américaine qui recherche un mariage de convenance. Cette rencontre, à l’origine du drame de l’opéra Madama Butterfly (Puccini), a directement inspiré Marjan Mozetich pour sa pièce Sentiment transfiguré. La touchante mélodie originale est épurée par Mozetich qui opte pour une ouverture dépouillée où les deux instruments jouent pratiquement à l’unisson. Tout au long de l’œuvre, ce matériau thématique ne cesse de se transformer, projetant différentes lumières sur ce sentiment exprimé. La fin de l’œuvre, surprenante, se veut « Un cri de la vie, un cri de la mort », selon Mozetich. Si puissant soit-il, ce cri représente un dénouement irréversible, une fin tragique, toujours à l’image de Madama Butterfly.

Caroline Lizotte a écrit Close for Couloir à l’issue d’un voyage à Édimbourg en Écosse, inspirée par ces mythiques corridors de pierre appelés closes, fourmillant autour d’un château. Riche des fresques épiques écossaises, cette œuvre jette un éclairage poétique et touchant sur divers tableaux, évoquant des thèmes aussi près de nous que la guerre, l’amour et la paix. Compositrice imaginative, Lizotte n’hésite pas à utiliser différents outils que les musiciens doivent annexer à leurs instruments, afin de créer des sonorités uniques. Des matières comme le liège et le crin ajoutent aux qualités expressives de l’œuvre, imageant les célèbres Cromlechs – cercles de pierre – et le vent soufflant sur les dunes ensanglantées, après la meurtrière bataille de Red Harlaw. L’œuvre se conclut avec une évocation de la chanson A Man’s A Man For a’ That du célèbre poète écossais Robert Burns. Originellement de structure binaire, Caroline Lizotte le visite ici avec une structure ternaire, où la mélodie semble flotter depuis l’ère féodale, comme un appel à la paix, au-delà de la guerre

Close for Couloir

Caroline Lizotte
  1. Cromlech (Ring O’Brodgar)
  2. Clans (Battle O’Harlaw)
  3. The Sodger An’ The Queen (Edinburgh Castle)
  4. Gargoyle Sang (Melrose Abbey)
  5. Man to Man (The World O’er Shall Brithers Be For A’ That)

D’un Cygne l’autre

Alexandre Grogg

Œuvre mettant en lumière les divers Cygnes des siècles passés, D’un Cygne l’autre d’Alexandre Grogg explore l’inspiration musicale que cet oiseau majestueux a pu insuffler. Depuis toujours, le cygne instille de douces lignes musicales chez les compositeurs. Ici, Grogg choisit de puiser dans quatre mélodies de compositeurs célèbres : Orlando Gibbons (Le Cygne d’Argent), Jean Sibelius (Le Cygne de Tuonela), Samuel Barber (Un Cygne, tiré des Mélodies passagères, opus 27) et Camille Saint-Saëns (Le Cygne, tiré du Carnaval des animaux). Au cœur de l’inspiration de Grogg, cette dernière mélodie de Saint-Saëns est d’ailleurs la toute première pièce ayant uni le duo de musiciens figurant sur cet album. Cette pièce au titre atypique démontre le passage sans transition entre les Cygnes, à la lumière de D’un château l’autre de Louis-Ferdinand Céline. L’œuvre trace les pas du cygne dès le XVIIe siècle, avec le madrigal de Gibbons, se métamorphosant doucement vers Sibelius, dont la ligne chantante du cor anglais se ficelle ici au violoncelle. L’apogée de l’œuvre s’ensuit, culminant vers un magnifique Barber et un touchant Saint-Saëns.

Ben seni severim… Trois mots en hébreu, à la fois simples et vrais, qui se traduisent candidement en français par deux mots : Je t’aime… Voici l’essence même de ce proverbe sépharade rassembleur qui nous rappelle la valeur du partage. Comptine ladino retrouvée en Turquie et aux Balkans, Si veriash a la rana a grandement inspiré la compositrice Kelly-Marie Murphy dans la création de cette œuvre passionnée, virtuose et fracassante. Cet arrangement pour violoncelle et harpe est issu de son Concerto pour violoncelle, harpe et orchestre, intitulé En El Escuro Es Todo Uno (Dans la noirceur nous sommes tous un). À la base une œuvre concertante à grand déploiement, mettant notamment en vedette une impressionnante section de percussions, Murphy fait vibrer le violoncelle et la harpe de plusieurs effets éclatants : cloches de cheville, plectre de guitare, coups percussifs. Après une ouverture de prières et de recueillement, la rythmie s’amorce et nous entraîne jusqu’à l’accord final vertigineux.

Si veriash a la rana

Kelly-Marie Murphy

Cogs in Cogs

Gentle Giant / arr. François Vallières
*avec la participation de Bernard Riche à la batterie

Cet album se conclut avec l’idée où tous les éléments se transfigurent enfin de manière symbiotique pour n’y créer qu’un seul tout. À cet effet, Cogs in Cogs figurant sur l’opus The Power and the Glory du groupe progressif Gentle Giant est proposé sous la plume de François Vallières, qui se dit stimulé par l’exploitation rythmique proposée par le groupe. Bernard Riche, batteur, rejoint les deux interprètes pour une version explosive de cette œuvre plutôt courte, contrairement au répertoire habituellement proposé dans le courant de rock progressif des années 70. Une cohésion totale s’y ressent, dans une intensité toujours renouvelée et jamais abandonnée, à la manière d’engrenages, imbriqués dans une ultime transfiguration.